Avez-vous une mission d’entreprise ?
1 juin 2010 – 9:01Par:
Richard Gaudet
Conseiller en entreprise
Dans mon dernier article, intitulé: Amélioration continue : Est-ce que le modèle Toyota s’applique aux entreprises québécoises ?, je vous ai présenté les 14 principes de gestion de TOYOTA tirés du livre TOYOTA WAY, fieldbook (1). Décrivons un peu plus en détails le principe du premier « P » (Philosophie), toujours selon ce même livre, soit :
Baser ses décisions de gestion sur une vision à long terme au détriment des objectifs financiers à court terme.
Avec le modèle Toyota, la vision à long terme représente la base sur laquelle s’assoit la pyramide des 4 « P » (voir figure 1). Sans cette vision à long terme, le reste de la pyramide s’effondre, ce qui en fait l’élément-clé.

Pour Toyota, avoir une vision à long terme, c’est avoir de l’impact positif sur les affaires et les individus, qu’ils fassent partie de vos employés, de vos clients, de vos partenaires d’affaires, de vos actionnaires ou simplement de la société.
La figure 2 représente la mission d’une entreprise à travers une matrice montrant ses liens avec les individus et les affaires autant à l’interne qu’à l’externe. Cette matrice se décompose en quatre cellules : la communauté en apprentissage, les entreprises en apprentissage, les systèmes à valeur ajoutée, les contributions à valeur ajoutée.
La communauté en apprentissage
La découverte principale de Toyota fut de s’apercevoir que lorsque les problèmes deviennent visibles, les individus font travailler leurs méninges afin de les résoudre. Mais ceci n’a pas d’impact si les solutions restent seulement dans les mains des individus concernés par le problème. Il faut donc que les solutions trouvées soient partagées. L’entreprise doit donc mettre en place des mécanismes afin de capturer les solutions et les mesures prises pour que les problèmes ne reviennent pas t que des méthodes standards soient développées pour toute l’entreprise (long terme). Bâtir une communauté en apprentissage continuel suppose aussi d’avoir des individus capables d’apprendre (court terme).
Une communauté signifie également que ce sont des personnes qui ont un sentiment d’appartenance envers elle. Un employé temporaire, ou qui sait qu’il sera remercié lors d’une baisse du volume du carnet de commande, ne pourra pas avoir ce sentiment d’appartenance. Appartenir à la même communauté suppose un engagement des individus envers elle et, vice versa, un engagement de la communauté envers les individus. Toyota forme ses ingénieurs pendant trois ans afin qu’ils fassent de l’ingénierie à la façon TOYOTA. On appelle ça de l’investissement !

Les entreprises en apprentissage
Un bon pourcentage des pièces de véhicules Toyota est produit par des fournisseurs. Les produits Toyota sont alors aussi bons que la qualité des pièces des fournisseurs. Toyota sait que ce n’est pas une excuse aux yeux du client si une pièce défectueuse provient d’un de leurs fournisseurs. Ils s’assurent donc que les partenaires-fournisseurs s’engagent autant qu’eux dans les systèmes à valeur ajoutée, dans l’apprentissage continuel de leur gens envers les façons de faire performantes et, à leur tour, ils s’engagent auprès de fournisseurs en apprentissage continuel. La loyauté envers ses fournisseurs permet à Toyota d’opérer une chaîne d’approvisionnement très allégée (lean) en ayant plusieurs ressources externes en résolution de problèmes en cas de crise (long terme).
Dans le prochain bulletin SIM Experts, je continuerai la discussion sur l’importance de la vision à long terme d’une entreprise. J’aborderai notamment comment créer sa propre philosophie d’entreprise.
_________________
(1) The Toyota Way, Fieldbook, Jeffrey K. Liker and David Meier, 2006, Édition McGraw-Hill.
7 commentaires à “Avez-vous une mission d’entreprise ?”
A mon avis, c’est le partage des solutions trouvées pour résoudre un probléme qui fait défaut dans la plupart des entreprises. Certains cadres, pour conserver leur pouvoir, hésitent à partager leur savoir-faire avec certains de leurs collaborateurs.Il faut donc installer cette culture du partage que de nombreux experts n’ont pas.
Par kaba kamara on juin 1, 2010
Ce modèle est vraiment l”un des mieux indiqué pour toute entreprise qui veut proliférer. Mais le problème, comme vous l’avez dit, réside au niveau de sa mise en place. Mais il y a un autre paradoxe que je voudrais signaler: malgré un modèle comme celui-ci TOYOTA est entrain de traverser une crise due à des erreurs de conception des pédales d’accélérateur et de freinage!!! Que doit-il alors faire?
Par BARRY on juin 1, 2010
Bâtir une bonne culture d’entreprise là où il existe une grande diversité de statuts, avec de nombreux emplois précaires.
Par kaba kamara on juin 1, 2010
Pour ce qui est des problèmes de Toyota, ce sont plûtôt des problèmes de pédales d’accélérateur. Étant donné que c’est une entreprise apprennante ils ont pris leur responsabilités. Voici ce qu’ils ont fait par rapport à cette crise:
Article du 20 mai 2010 dans Cyberpresse:
“Le constructeur a évalué à 180 milliards de yens (1,37 milliards d’euros) le coût de ces rappels sur ses finances pour 2009-2010, jugeant leur impact inférieur à ce qu’il redoutait au départ.
Depuis la crise, Toyota a inauguré un nouvel organe suprême de contrôle de qualité en grande partie composé d’étrangers – une première chez le géant automobile longtemps critiqué pour son tropisme japonais – afin d’éviter de nouveaux pépins techniques en série sur ses voitures.
Il a aussi sollicité des experts extérieurs pour évaluer ses efforts en termes de qualité et décidé de rendre public leur avis.”
Par RGaudet on juin 3, 2010
S’il y a de nombreux emplois précaires dans une entreprise, j’imagine il y a donc une bonne partie des ventes qui le sont aussi. Alors comme leader ou dirigeant, est-ce que l’on a un plan de développement des affaires et est-ce qu’il est connu de ses employés?
et pourquoi avoir autant de statuts différents?
Par RGaudet on juin 3, 2010
Articles intéressants… À quand la suite?
Par Philippe Bruno on sept 29, 2010