On ne change pas la direction du vent, on réoriente les voiles
6 avril 2010 – 5:00
Les crises sont de toutes les époques et celles qui surgissent dans le giron du monde des affaires ne font pas exception : elles ont touché la plupart des secteurs connus et atteindront un jour une large proportion des marchés à venir. Qu’il s’agisse du krach de ’29 ou de la crise actuelle du crédit, tous ces phénomènes financiers sont les résultats d’actions humaines incontrôlées. L’Homme est une espèce à part, une espèce émotive. Et lorsque qu’il délègue le contrôle du navire à ses émotions, la conduite risque de devenir fort hasardeuse, voire très douloureuse. S’abandonner aux émotions résulte généralement d’une prise de position qui génère de la résistance face à l’imposition d’un modèle quelconque dans une situation donnée. Le refus est un producteur de heurts et de déséquilibre. Comme la regénération l’est pour les salamandres, agir émotivement est spécifiquement humain. Rien de nouveau sous le soleil.
La culture de l’émotion
La résistance au changement se manifeste à toutes les échelles des organisations. Que l’on observe des regroupements nationaux où chacun des individus qui les compose, c’est la lutte qui dicte la marche à suivre; une opposition par laquelle l’on tente — à tout le moins — de conserver ses acquis. Nos comportements quotidiens sont eux-mêmes teintés d’une résistance issue de mille sources pour la plupart tellement ancrée dans les mentalités (contexte culturel et familial, information-désinformation multiforme) que les accalmies éphémères qui ponctuent occasionnellement ce tumulte sont considérées à tort comme des instants de bonheur. Exemples simples : on déteste l’hiver et chacun des flocons qui s’y dépose? Un printemps hâtif devient une véritable bénédiction. Notre emploi nous donne mal au ventre? Un congé férié se transforme alors en source d’euphorie. Les exemples de résistance que nous manifestons au quotidien sont innombrables. Vous n’appréciez pas un collègue de travail ou une tâche particulière? Les gens n’agissent pas comme ils devraient ou le scénario espéré ne se déroule pas selon les règles connues? On souhaiterait ceci, et cela, et encore ceci, etc. Quoi qu’il advienne, on aura toujours à redire. Voilà un terreau propice à l’émotivité.
Un choix boléen
Une situation non acceptée crée donc un flux d’émotivité. Mais en définitive il existe bien peu d’alternatives pour affronter ladite situation. Soit on la refuse, soit on l’accepte. Prenons par exemple le cas d’une situation litigieuse en milieu de travail (on vous mute dans une nouvelle équipe, on vous impose une nouvelle technologie, etc.). Vous comprendrez, bien sûr, que quitter son emploi représenterait une solution somme toute assez précipitée. De toute façon, cette solution générerait immanquablement de nouveaux problèmes et l’irritation irait en perdurant seulement sous un décor différent. Les moments d’accalmie de l’esprit ne sont que des intermèdes entre deux périodes de soucis. L’impermanence des moments calmes n’a d’égale que celle des moments houleux. Rien n’y fait, ce sont les règles du jeu. « Je serai bien quand j’aurai ce poste, ce truc, ce machin, ce bidule ». Mais une fois la cible ou l’objet atteint, bien peu de temps s’écoulera avant que ne pointe une nouvelle requête soi-disant garante de bonheur… jusqu’à la suivante encore.
Ne quittez pas!
La non-acceptation d’une situation en espérant que tout ira mieux plus tard c’est inscrire une période pénible à l’agenda. Le désir impératif d’imposer son point de vue, de remporter une lutte, de vouloir toujours davantage ou je ne sais quel autre motif individualiste est la garantie de tourment d’intensité variable. C’est l’avalanche des pensées et l’invasion des scénarios. Les situations non acceptées interdisent le calme à l’existence et nous font vivre dans notre tête, dans le mental; nous ne sommes plus présents, mais plutôt ballotés entre hier (la mémoire extirpe du classeur toutes les situations passées en nous noyant d’images et de souvenirs) et demain (le mental part en roue libre et nous fait miroiter mille dénouements et fantasmes). Et c’est l’absence. Nous sommes engloutis dans les pensées, hors du présent, malheureux.
Agir et non réagir
Refuser ou convoiter une situation (« refuser ce qui est », vivre dans sa tête) n’installe jamais quiconque dans une situation confortable. C’est comme subir un mal de dents, une migraine, c’est quelque chose dans l’ordre du deuil, lancinant. Qu’importe la mesure du problème (du refus) — là n’est pas la question — accepter la situation de façon consciente n’empêche pas du tout de faire face au problème. La différence réside plutôt dans l’état d’esprit qui accompagne l’action. « Acceptez, puis agissez » l’acceptation d’une situation de façon consciente ralentit le flux hystérique des pensées et quand le mental se tait, la paix s’installe, la rage de dents s’apaise. Le penseur regagne l’instant présent et reprend la maîtrise du véhicule.
Calmer la tempête
Sortir de sa tête pour s’ancrer au présent n’implique pas nécessairement de s’installer en position du lotus sur le toit de sa maison en psalmodiant des mantras. Si les pensées deviennent hors contrôle, chahutent dans un désordre sans fin entre hier et demain, le corps, pour sa part, est intégralement amarré dans le « ici et maintenant ». Au moment de ces périodes troubles nées d’un conflit ou de toutes autres situations faisant émerger le refus (donc invariablement un taux de souffrance ce mal de dents), dirigez votre attention sur vos sensations physiques. Concentrez-vous sur votre souffle, accordez toute votre attention à votre corps, à vos pulsations cardiaques, ressentez sur vous le contact de vos vêtements, les sons environnants, etc. Tâchez de ressentir au maximum votre présence à l’endroit où vous êtes et maintenez votre attention sur ces détails. Quand des pensées resurgiront (car il y en fusera, on s’entend), observez-les sans leur accorder d’attention. Sortez de votre tête tentez une sortie puis observez ce qui se passe en vous. Ressentez le calme qui remplace le flux des pensées.
Volonté atomique
Donner une attention complète à autre chose que ses pensées nécessitent de l’entraînement; on ne devient pas musicien en s’achetant une guitare. Les pensées compulsives se présentent toujours comme des vérités absolues : les grandes vérités de notre petit soi (toutes issues de notre culture, de notre éducation, des intarissables sources d’information). Mais ne soyons pas dupes, car comme l’avait si bien observé Einstein : « Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé. »
H.B.Roy
Correspondant spécial
Mars 2010
2 commentaires à “On ne change pas la direction du vent, on réoriente les voiles”
on réoriente les voiles ouimais les vents changent de directions pas pessimiste mais ilm faut un musclé pour l’indurance merci pour les conseils
Par kikima on avr 13, 2010
Comment réorienter les voiles si une tempête est si forte qu’un équipage entier d’agents en améliorations continue fait face à une très grande résistance aux changements et ce de la part du capitaine et du personnel cadre qui devrait participer aux processus de résolution de problème et faire partie de l’implantation de solutions???
Par CG on sept 8, 2010