Si Dieu était mon «boss»…
30 novembre 2009 – 5:00Par: Roger Matteau
Conférencier senior SST
Selon certaines prévisions, les jeunes qui entrent sur le marché du travail, diplôme en poche, vont changer sept fois d’entreprises avant de décrocher pour la retraite. Les raisons qui semblent justifier pareil énoncé sont nombreuses et peu contestables.
Particulièrement, le comportement du patron envers ses équipiers vient influer grandement sur le mouvement de personnel, que ce soit dans le domaine industriel, commercial, gouvernemental ou autre. Notamment, les travailleurs du secteur commercial «voyagent» davantage d’un magasin à l’autre ; beaucoup moins, nous dit-on, chez les gens de la santé où, malgré une insatisfaction presque générale, le personnel est plutôt stable, nonobstant les transferts à l’intérieur d’un hôpital X, Y ou Z.
Dans un monde idéal où les entreprises seraient dirigées par des gens quasi parfaits, à défaut d’être le bonheur total, ce serait au moins la valorisation régulière par le travail et sa complexité, ses défis, ses réussites. Donc, on se donne le mot et on passe la commande : «Viens-t-en Dieu! On a besoin de toi. Prend les cordeaux et fais de nous tes collaborateurs, des êtres comblés. Prêts à renoncer aux vacances, aux primes de rendement et aux prestations de retraite. En autant que tu daignes nous gérer.»
Et s’il fallait qu’il accepte? Nous aurions l’air de quoi à côté de ce super leader à qui nous n’aurions plus rien à reprocher? Finis les espoirs de le remplacer un jour puisque Dieu, c’est bien d’être connu, ne prend pas de retraite. Sans compter qu’il faudrait le remplacer là-haut…là-bas… enfin là où il est. Et le remplacer par qui? Par mon directeur actuel qui multiplie les gaffes chaque jour? Qui refuse de me comprendre et qui est trop occupé quand j’ai besoin de lui parler?
Ce serait l’anarchie totale et les syndicats auraient raison de vouloir enrôler les anges et tous les Saints du paradis.
Oublions ça; que Dieu reste là où il est et que mon patron… enfin, qu’il fasse de son mieux jusqu’au jour où j’aurai la chance de le remplacer. Je pourrai alors réaliser qu’en dépit de mes efforts, moi non plus, je ne suis pas Dieu.